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Mise à jour :
13 janvier 2026 Anglais

Paul Kagame dit ne pas comprendre pourquoi Paris est persuadé qu'on ne peut pas discuter et négocier avec le FPR

Fiche Numéro 35877

Numéro
35877
Auteur
Masure, Bruno
Auteur
Rabine, Giles
Auteur
Boisserie, Philippe
Auteur
Duquesne, Benoît
Date
6 juillet 1994
Amj
19940706
Heure
20:00:00
Fuseau horaire
CEST
Surtitre
Journal de 20 heures
Titre
Paul Kagame dit ne pas comprendre pourquoi Paris est persuadé qu'on ne peut pas discuter et négocier avec le FPR
Soustitre
Des militaires rwandais haut placés ont lu solennellement une déclaration dans laquelle ils condamnent le génocide et appellent à des négociations avec le FPR.
Taille
30864 octets
Nb. pages
5
Source
Fonds d'archives
INA
Type
Transcription d'une émission de télévision
Langue
fr
Résumé
- Nette détente politique au Rwanda avec l'annonce de la prochaine nomination par les responsables du Front patriotique, en majorité tutsi, d'un Hutu modéré au poste de Premier ministre, qui devrait diriger un gouvernement d'union nationale.
- Nos envoyés spéciaux ont rencontré le nouvel homme fort de Kigali : le commandant des forces du FPR, le général Paul Kagame.
- C'est l'homme invisible du Front patriotique rwandais. On ne sait jamais d'où il vient, où il se trouve, ni d'où partent ses ordres. Il a 37 ans, une épouse et deux enfants. Son uniforme ne porte pas d'insigne distinctif mais chaque soldat du FPR sait qu'il est le chef. Le chef de guerre, et même sans doute le chef du mouvement. Rien ne se fait sans lui.
- Le général Paul Kagame est venu nous dire que la prise de Kigali constituait un tournant décisif dans la guerre. Et il appelle ce qu'il reste de l'ancien gouvernement à se rendre "pour abréger, dit-il, les souffrances des Rwandais".
- Quant aux opérations des troupes françaises, Paul Kagame dit ne pas comprendre pourquoi Paris est persuadé qu'on ne peut pas discuter et négocier avec le FPR. Paul Kagame : "C'est toujours le problème quand il y a intervention étrangère dans les affaires intérieures d'un pays. Parfois cela apporte une aide véritable, en partie. Cela crée aussi quelquefois des interférences, des engagements partisans. Dans notre cas particulier, la France est responsable d'avoir trop soutenu le gouvernement que nous combattons et qui a créé les problèmes auxquels nous devons faire face aujourd'hui. Et nous leur avons demandé, aux Français, de rester en dehors de nos affaires".
- Paul Kagame appelle les Rwandais à la réconciliation pour former dans les deux semaines un gouvernement d'unité nationale. Sans les criminels et les responsables du génocide qui seront jugés. Quant à ceux qui n'ont fait que leur devoir de soldat mais du mauvais côté, "on verra, dit-il, comment les réhabiliter".
- En France, le développement de cette opération Turquoise suscite toujours un certain nombre de réserves dans les rangs de la majorité. Hier [5 juillet] Valéry Giscard d'Estaing a estimé que nos troupes avaient progressé trop loin en territoire rwandais. Et ce matin Charles Millon, le président du groupe UDF à l'Assemblée, évoquait "un risque de dérapage vers une opération militaire".
- Commentaire ce matin du porte-parole du gouvernement, Nicolas Sarkozy, à l'issue du Conseil des ministres : "L'opération Turquoise est un succès et elle se déroule conformément aux objectifs qui avaient été fixés".
- Pour avoir une meilleure idée du climat sur le terrain, je vous propose de découvrir ce reportage de nos envoyés spéciaux à Kirinda, à une cinquantaine de kilomètres de Kibuye, sur la ligne de front.
- À la tête d'un bataillon d'enfants dépenaillés, le sergent-major Canisius tente de tenir sa position. Le pont de Kirinda, dernier verrou pour contenir, au-delà de la rivière, des troupes du FPR de plus en plus pressantes. Leur seule arme encore efficace : l'énergie du désespoir.
- Une seule question taraude le soldat Canisius : est-ce que les militaires français vont venir les aider, comme en 1992 ? La France depuis n'avait jamais reconnu sa participation à cette guerre auprès des forces gouvernementales contre le FPR. Le sergent-major, lui, se souvient : "En 92, après les accords d'Arusha, j'étais avec eux à Ruhengeri et Byumba. Ils nous aidaient à tirer".
- Mais aujourd'hui la première position française est à 18 kilomètres de là. Alors les réfugiés continuent à passer le pont ainsi que quelques paysans qui vont chercher une maigre pitance au péril de leur vie. Car depuis ces collines la mitraille se rapproche.
- Tout près, l'hôpital, convoitise des deux armées, a fermé. Les villageois ont fui après avoir clos, précaution dérisoire, portes et volets. Ce sont les mêmes que l'on retrouve quelques kilomètres plus loin, égarés dans des camps de fortune où seuls les enfants ont encore un brin d'insouciance.
- Benoît Duquesne : "Les militaires français ont reçu aujourd'hui la visite du général Germanos. Il s'agissait de recadrer un peu la mission. On a compris à écouter le général qu'il y aura ici une zone, un périmètre de sécurité mis en place par les Français mais qu'il n'y en aura pas deux. Autrement dit s'il se passe maintenant des choses dans le Nord-Ouest du pays, s'il y a une offensive importante du FPR avec une arrivée massive de réfugiés, il n'est pas question avec les effectifs dont disposent les Français d'instaurer une deuxième zone de sécurité dans cette région-là. Éventuellement, tout ce que pourraient faire les Français, ce sont des opérations ponctuelles au cas où il y aurait des urgences. […] La situation ici est devenue relativement calme, relativement parce qu'on entend encore des bruits d'exactions ou de massacres qui se produiraient encore actuellement. Mais le souci est d'avoir fin juillet, la date est de plus en plus hypothétique, le soutien de la MINUAR. Et d'avoir rapidement aussi l'arrivée sur le terrain d'ONG qui visiblement se font attendre, à l'exception de la Croix-Rouge dont les camions viennent d'arriver. Et puis une dernière chose : tout à l'heure, de façon un peu étonnante, des militaires rwandais assez haut placés ont lu solennellement une déclaration dans laquelle ils semblent se démarquer un petit peu de ce qui se passe au nord et en tout cas du reste de l'état-major et dans laquelle ils condamnent le génocide, dans laquelle ils appellent à la réconciliation, ils refusent la partition du pays et ils appellent à des négociations avec le FPR".
- Le ministre de la Défense, François Léotard, n'a pas exclu aujourd'hui une prolongation de l'opération Turquoise si le relais de l'ONU se faisait attendre. François Léotard : "Nous notre souci n'est pas d'aller loin dans le temps. Nous souhaitons tous respecter cette date de la fin du mois de juillet. Si nous n'y arrivons pas, nous essaierons à ce moment-là de faire la transition la moins longue possible avec la MINUAR".
- Pour la presse les conditions de travail au Rwanda sont particulièrement périlleuses. Deux journalistes français ont été blessés hier [5 juillet] dans ce pays : José Nicolas, photographe à l'agence SIPA, et Isabelle Staes, reporter à France 2, blessée à la suite du mitraillage de son véhicule où elle se trouvait avec son équipe, Pascal Pons et Pascal Quérou. Isabelle Staes a été opérée cet après-midi à Kigali par les chirurgiens du CICR et elle devrait être rapatriée le plus rapidement possible.
Commentaire
Le JT de 20 heures de France 2 du 8 avril 1994 est visible dans son intégralité ici : https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/cab05083390/f2-le-journal-20h-emission-du-6-juillet-1994