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Mise à jour :
30 août 2022 Anglais

Journal de 20 heures [Sujet sur les violations des droits de l'Homme au Rwanda à partir de 9:23 ; interview de Jean Carbonare de 11:08 à 15:52]

Fiche Numéro 30654

Numéro
30654
Auteur
Masure, Bruno
Auteur
Romedenne, Patrice
Date
28 janvier 1993
Amj
19930128
Heure
20:00:00
Fuseau horaire
CEST
Titre
Journal de 20 heures [Sujet sur les violations des droits de l'Homme au Rwanda à partir de 9:23 ; interview de Jean Carbonare de 11:08 à 15:52]
Source
Type
Émission télévisée (vidéo)
Langue
FR
Résumé
- Le continent africain plus que jamais déchiré par les guerres civiles en Angola où les Casques bleus doivent se replier précipitamment. Mais aussi au Rwanda où les affrontements ethniques sont particulièrement cruels. Les affrontements entre tribus rivales ont fait au moins 80 victimes depuis une semaine seulement.
- Voici la preuve de la purification ethnique et politique érigée en principe par le pouvoir du Rwanda. Un pouvoir accaparé par l'ethnie hutu, majoritaire dans le pays, au détriment de l'ethnie tutsi, minoritaire et promise au génocide. Hommes, femmes, enfants, même sort.
- Ici, dans le village de Mutura, les membres de la commission internationale d'enquête sur les violations des droits de l'Homme découvrent les corps entremêlés d'une dizaine de civils. Un officier de la police locale dresse un procès-verbal avec une quiétude qui en dit long sur la paralysie du système judiciaire du Rwanda. Les bourreaux vivent ici dans l'impunité : ils se recrutent dans l'armée ou dans la milice du parti du Président. Et qui sait s'ils n'assistent pas, sourire en coin, à la découverte des charniers.
- Plus à l'Est, dans le village de Kinigi, on creuse dans la propriété même du maire. Les ossements remontent à la surface et monsieur le maire arbore une attitude faussement incrédule : ça s'est passé chez lui, il ne sait rien, ne soupçonne rien. Tout comme ne saurait sans doute rien le Président rwandais dont le portrait colore les murs du pays et avec lequel la France n'entretient pas de mauvaise relation.Ainsi, plusieurs centaines de militaires français détachés au Rwanda assurent un semblant de calme pendant qu'au loin, dans le secret mal gardé des montagnes, on purifie.
- Témoignage de Jean Carbonare : "Ce qui nous a beaucoup frappé au Rwanda, c'est à la fois l'ampleur de ces violations, la systématisation, l'organisation même de ces massacres. Parce que on a parlé d''affrontements ethniques' mais en réalité, il s'agit de beaucoup plus que d'affrontements ethniques. C'est une politique organisée, que nous avons pu vérifier malheureusement. Parce que dans plusieurs coins du pays, en même temps, éclatent des incidents et ça n'est pas fortuit, ça n'est pas gratuit. On sent que derrière tout ça, il y a un mécanisme qui se met en route. Et on a parlé de 'purification ethnique', de 'génocide', de 'crimes contre l'humanité' dans le pré-rapport que notre commission a établi. Et nous insistons beaucoup sur ces mots. […] Deux choses m'ont frappé : d'abord l'implication du pouvoir. Jusqu'à quel niveau ? Nous sommes réservés pour le moment. Mais tous les membres de la mission étaient convaincus que jusqu'à un niveau élevé dans le pouvoir, il y a une responsabilité très grande. Ce que je voudrais ajouter aussi, c'est que notre pays, qui supporte militairement et financièrement ce système, a une responsabilité. Et nous étions huit nationalités représentées dans notre commission. J'étais le représentant le plus inconfortable. Parce que je mesurais que notre pays peut, s'il le veut, peser sur cette situation. Et alors je citerais quelques détails qui sont bouleversants pour nous montrer notre responsabilité dans cette situation. Nous avons vu des centaines de témoins et des fosses comme celles que vous avez vu, il y en a pratiquement dans presque tous les villages. Et une femme est venue témoigner en nous disant : 'J'avais quatre fils. Et pour les mettre en sécurité, mon mari est allé confier trois d'entre eux un soir à un camion militaire qui faisait une rafle. Et en réalité, ces trois fils ont disparu. Et il me restait un quatrième fils. Le lendemain matin, je suis allé voir le bourgmestre. Et le bourgmestre m'a dit que ce fils allait rester là. Et je ne l'ai plus revu. Il a été conduit quelques jours après par des militaires dans la forêt. Et je n'ai plus revu mes quatre fils'. Et c'est cette femme qui nous a indiqué la fosse où étaient enterrés ses enfants dans la maison du bourgmestre. Ce que nous avons découvert aussi, et c'est à l'image de la Yougoslavie : toutes les femmes de la minorité tutsi voient leur mari, leurs frères, leurs pères tués. Elles sont ensuite comme des bêtes abandonnées, violées, maltraitées. Et un prêtre me disait dans un camp de réfugiés de personnes déplacées, où il y avait 350 000 réfugiés : 'Vous ne pouvez pas savoir la souffrance de ces populations. Ça va bien au-delà de ce que vous pouvez imaginer'. Et j'insiste beaucoup : nous sommes responsables. Vous aussi Monsieur Masure, vous pouvez faire quelque chose. Vous devez faire quelque chose pour que cette situation change. Parce qu'on peut la changer si on veut. On a trouvé des femmes qui sont terrées au fond de la forêt depuis des semaines avec leurs enfants. Il faut qu'on fasse quelque chose pour elles. Et notre gouvernement, en pesant sur les autorités du pays, qu'elles assistent militairement et financièrement, peuvent très rapidement faire beaucoup. Nous-mêmes et en entraînant aussi nos partenaires de la commission européenne et du du monde occidental".